Un an que Jean Ferrat est mort. Alors, Camarade, Potemkine, Aimer à perdre la raison, La Porte à droite… ont accompagné ma journée. Pourtant, que la montagne est belle !
Et Ma Môme…
“On s’dit toutes les choses qui nous viennent, c’est beau comme du Verlaine, on dirait. On regarde tomber le jour et puis on fait l’amour en secret. Ma môme, elle joue pas les starlettes, elle met pas des lunettes de soleil. Elle pose pas dans les magazines, elle travaille en usine à Créteil.”
Et Nuit et brouillard…
Nuit et brouillard, ça m’évoque toujours ce morceau des Ogres de Barback, qui m’a fait pleurer et pleurer encore dans la voiture la première fois où je l’ai entendu.
Une musique qui m’a prise au coeur dès les premières notes. Et puis, Hubert Reeves. Et puis, la musique encore plus prenante.
Et soudain, la voix de Daniel Mermet. Si je m’attendais à ça ! Cela ne faisait pas très longtemps que j’écoutais Là-Bas si j’y suis. J’avais découvert l’émission par hasard, plusieurs mois avant, pendant les vacances. Il y avait du soleil et les reportages en Asie m’emmenaient sur les bateaux chargés de fleurs et dans la cohue des vélos.
Ce jour-là, j’ai réécouté et réécouté le morceau.
Pour la musique. Pour le texte.
“Dans un millénaire on parlera encore de ce millénaire. On ne sait jamais ce que le passé nous réserve, mais l’avenir ne reviendra pas. Et dans ce millénaire, c’est ce siècle qui fera date et qui fera tâche. Un siècle de turpitudes. Nous en sortons exténués, inhibés, esquintés, la queue entre les jambes de l’humanité. Nuit et goulags, charniers et brouillard, dans la nuit, les feux d’artifices projettent les ombres de la Colima, d’Hiroshima, et des trains pour Auschwitz plutôt que le premier pas d’un homme sur la Lune, Einstein tirant la langue, ou la beauté d’Ava Gardner. Mais l’une des ruses de l’histoire veut que les siècles commencent et finissent là où ils veulent. Ainsi de Sarajevo à Sarajevo, notre siècle a pris fin dans les débris de la chute du mur de Berlin. Fini le siècle des grandes impuissances, voici venu le siècle de l’évidence. Fin de l’histoire, pensée unique, nouvel ordre mondial. Plus rien à voir, circulez ! Nous avons obtempéré ; nous circulons sans rien voir.”
Nuit et brouillard.
Pour tant qu’il y aura des hommes.
Avec le recul, beaucoup de choses ont commencé en même temps que la voix de Daniel Mermet a commencé à résonner dans mes oreilles. A raisonner dans mes oreilles, aussi.